Partager l'article ! Il était une fois le Klinche - Petit petit, viens-là petit dragon... - XV: Petit petit, viens-là petit dragon… ...
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Lucy...
Venez découvrir mes histoires, et imprégniez-vous de mon univers sombre et
torturé
Fifine faisait gicler de petits jets d’eaux sur le visage d’Alecs. Il ne bougeait plus, il souriait toutefois mais paraissait complètement groggy. Frigomène observait le cadenas et comprit que s’il était piégé il fallait agir avec calme et sérieux pour l’aborder. Ce qu’il fit. Lalée qui s’inquiétait pour le Klinche ne regarda que très partiellement les agissements de Frigomène tout juste vit-elle qu’il triturait le cadenas avec un objet qu’elle ne distinguait pas très bien. Un clic se fit entendre. Frigomène fit un bon en arrière, méfiant, mais rien ne se passa. Le cadenas était ouvert. Il le retira de son entrave portière et pressa la poignée. Le Klinche reçut une grosse baffe de la part de Fifine ce qui provoqua immédiatement l’ouverture de ses yeux, et de sa grosse main il l’étrangla nerveusement. Fifine devint bleu en un instant.
« Lâche-la sale brute ! » Couinait Lalée pendue au bras du klinche.
Celui-ci reprit vite ses esprits et lâcha prise, désolé. Fifine grogna un peu mais ne lui en voulut pas car c’était une gentille fée. Frigomène ouvrit la porte. Il faisait sombre de l’autre côté, un souffle leur parvenait, par moment un filet d’air chaud tranchait avec l’atmosphère si fraîche, presque froide. Le Klinche dut se mettre à quatre pattes pour pouvoir passer, les fées évoluaient quant à elle sans problème.
Malgré leur vue nocturne ils ne distinguaient pas bien les contours de la pièce, et encore moins ce qu’elle contenait, parce qu’elle contenait quelque chose. Une espèce de masse sombre bouchait le passage. D’où ils étaient ils crurent un moment distinguer un amas de pièces d’armures ou de boucliers, mais très vite Frigomène passa devant et leur fit signe de se taire. Il observait et semblait ressentir quelque chose.
« Ne faites pas de bruit et dirigez-vous vers la porte, il y en a une au fond(1), passez par la droite c’est le chemin le plus court, à mon signal courrez et ne vous retournez pas, il n’y a pas de cadenas à celle-ci. »
« Comment sais-tu cela ? »
« Désormais je vois où nous sommes. Faites ce que je vous dis, nous n’avons pas besoin de tous être là, et vous avez à faire ailleurs, je vous conseille de ne pas poser de question, elle va bientôt ressentir ma présence, allez ! »
Sans comprendre pourquoi Frigomène leur ordonnait de fuir sans les accompagner ils firent ce qu’il voulait et fuirent sans demander leur reste ; après tout ce qu’ils avaient déjà vécu s’ils ne savaient qu’une chose c’était bien que parfois il fallait savoir se décider vite et pas glandouiller pendant quatre heures. Ils se dépêchèrent sans toutefois faire trop de bruit, ce qui pour le Klinche était un bel exploit.
Frigomène regardait l’amas et semblait attendre quelque chose, immobile. Les fées silencieuses volaient aussi vite qu’elles le pouvaient, le fond de la pièce se rapprochait à vitesse grand V et la porte en vieux bois paraissait à chaque pas plus cramoisie, Alecs accélérait, préparant déjà psychologiquement son épaule à subir un choc. Fifine crut un instant voir la masse bouger plus franchement, mais ne voulut pas prendre le temps de regarder, intriguée mais pas curieuse pour un sous.
« Ce truc est rose, on dirait des boucliers roses, et ça bouge… » dit-elle.
« J’ai pas trop envie de regarder, j’ai peur » répondit Lalée, le Klinche, un peu derrière et concentré sur ses pas ne portait aucune attention à la chose mais s’en écartait soigneusement.
Frigomène bougea sa main lentement et dirigea sa paume vers le haut, les yeux clos. Un cylindre pourpre et lisse apparut vaporeusement dans sa main. C’était un manche qui paraissait liquide, comme fait de peinture brillante mais une fois enserré dans la main il fut bien solide et antidérapant(2). A l’extrémité du cylindre se dessina progressivement une lame, elle suivait la liane de fumée bleu qui s’extirpait du manche. La lame, anthracite et transparente comme du verre se solidifia à son tour et Frigomène en joua par quelques prises, les yeux toujours fermés. La masse bougea encore, lourdement cette fois mais ce ne fut que d’un centimètre ou deux.
Soudain deux traits étonnamment lumineux vinrent contraster avec l’obscurité quasi-parfaite. Frigomène ouvrit les yeux et se crispa, visiblement tendu.
« Bah je voudrais bien t’y voir ! » Je ne crois pas que ce soit le moment de répondre à mes observations, un peu de concentration bordel !
Bref, mais oh ! Attention !
Les halos de clarté s’agrandirent et soudain deux pupilles noires se dévoilèrent. Pareilles à deux yeux de chats les deux boules émergentes fixaient Frigomène et celui-ci les fixa en retour. La grosse tête s’extrait alors des pattes et tourna violemment le museau vers l’arrière de la pièce. Une longue queue munie de pointes surgit de nulle part et balaya l’air en direction de nos fuyards. Le Klinche, seul à la traîne sauta tant bien que mal par-dessus la vague qu’il évita de justesse sans trébucher, ce qui le rassura(3). Il se précipita de plus belle, la trouille aux trousses et au ventre, vers la porte qui vola en éclat sous son poids de veau apeuré. Les fées qui avaient attendu leur klinche passèrent sans souci dans son emprunte quasi-parfaite(4)[4], le Klinche, entré tout de go comme une grosse brute qu’il était dans un morceau de bois vieillit qui n’en demandait pas tant, ayant montré le chemin.
Le museau de la bête se redirigea tout aussi violemment vers Frigomène et resta figée un instant ; lui agitait lentement son épée devant le nez du dragon.
Se levant dans un fracas musculeux il déploya son long en prouvant qu’il était bien deux fois plus haut que l’Orphan qui ne broncha pas pour autant. De son souffle chaud il illumina les torches tout le long du mur circulaire.
Le dragon était mauve avec des reflets roses(5). Dans ses yeux pouvait se lire de la défiance, un peu d’agressivité, mais étonnement c’était la peur qui prédominait et d’une démarche un peu gauche il recula vers le fond de la pièce. Frigomène, sans expression, s’approcha tout autant et ne fut bientôt plus qu’à quelques mètres du dragon. Frigomène fit un pas de plus, le dragon agita ses pattes avant et cracha une flamme gigantesque vers lui. Frigomène se protégea de son épée et la flamme se découpa en deux passant l’Orphan et se reconstituant derrière lui pour mourir peu après. De son épée il exécuta ensuite un mouvement circulaire et brandit la pointe vers le dragon qui ferma les yeux. Frigomène avançait encore. Le dragon hurlant de défis approcha sa gueule mais s’arrêta à quelques centimètres de son assaillant. Frigomène, concentré, ne chancela pas, au contraire il en profita pour caresser le dragon qui se déroba aussi sec. Le dragon se posta sur ses pattes arrière et s’étira d’un coup. Une aura vermillon recouvra les pattes du dragon et Frigomène s’accroupit. Il déposa son arme aux pieds du dragon qui parut soudain plus calme. Formant une ligne entre lui et la bête il se releva et engagea une danse. Ses mouvements et ses pas étaient lents, presque langoureux, l’Orphan exécutait ce ballet à merveille sans rajouts inappropriés, soft mais sensuel, dans la plus pure tradition orphane(6). Le dragon sembla soudain se recroqueviller, il se tassait, raccourcissait et finalement rapetissa jusqu’à avoir une taille humaine.
De dragon, la bête était devenue femme, une femme à la peau violette, rose et argentée, qui regardait l’Orphan méchamment. Son corps était partiellement recouvert de petites écailles, sur les côtés ainsi que sur les pieds, ses cheveux étaient du crin noir charbon et elle montrait en signe de défis ses petites dents pointues, fusillant Frigomène de ses yeux de félin. Nue elle ne disposait d’aucun poil(7). L’Orphan continuait son ballet, le dragon sans pudeur le regardait et regardait tout autant la lame posée sur le sol. Le sang dans sa tête montait en elle et les mouvements de danse, les spirales de ses bras, les rotations de ses hanches, tous ces appels corporels l’enivraient peu à peu. C’est donc cela ? Pensa-t-elle. Elle commençait à prendre goût à la cour et posa un genou à terre, sensuelle, et tout en regardant Frigomène se déshabiller elle emmancha l’épée et la braqua sur lui. Il ne se déconcentra pas et poursuivit son effeuillage sans se soucier d’une éventuelle belligérance de la part de sa partenaire, et en effet, il n’y en avait pas. Après s’être inclinée devant lui elle tendit la main et le glaive en verre coloré disparut dans un nuage rose qu’elle souffla vers l’Orphan. Tous d’eux respirèrent cette vapeur rose qui les enveloppa comme un liquide protecteur. Elle s’approcha de lui et commença à danser à son tour. Nus et enveloppés de fumée ils rapprochaient peu à peu leur deux corps. Soufflant dans l’oreille de Frigomène elle l’enserra soudainement de ses mains moites et de sa voix claire mais éraillée elle susurra : « Et maintenant ?»…(8)